Third Eye Foundation
Dark Star
"the GHOST interview"

décembre 1997
(glo)
Impossible de classer la musique malade de Matt elliott, mélange de drumnbass lo-fi et de sonorités post-My Bloody Valentine. Une seule certitude le pouvoir denvoûtement que cette musique peut avoir sur nous:
Les débuts de Matt Elliott ont lieu sur Lindas Strange Vacation, son propre label ou il sort un premier album Semtex suivi dun album de remixes de Semtex, In Version. Mais cest sur Ghost son second album que sa musique sombre prend tout son envol et son ampleur. Ghost, sorti sur Domino nest pourtant pas un disque qui nous endort dans une léthargie complexe mais nous amène vers une lucidité qui nest jamais complètement bonne à avoir. Rencontre donc avec un Matt Elliott seul maître à bord et qui se veut aussi sombre que sa musique, cultivant un pessimisme forcené.
Quelles sont tes relations avec Merge (label américain dirigé
par Mac de Superchunk, NDR) ?
Matt Elliott : Ils sortent mes disques aux USA, y organisent des tournées et toutes choses comme cela.
Un album comme Ghost sécoule à combien dexemplaires
à travers le monde ?
Matt : Je crois que nous en sommes à 8OOO exemplaires.
Les photos de tes pochettes sont toujours étranges, celles de
Semtex et de Ghost par exemple.
Matt : La couverture de Semtex était une photo que javais prise alors que je me promenais un matin dans un parc. Javais vu ce renard mort et jen ai pris une photo. Je la trouvais tellement esthétique et pleine de sens que je me suis dit que si je sortais un jour un enregistrement je la placerai dessus. Ce que jai fait par la suite. La photo de Ghost vient dun vieux bouquin quavait Fhn ( son ex-girlfriend dont on devrait entendre les performances sur la longueur dici quelques temps, NDR).
Qui se cache derrière Third Eye Foundation ?
Matt : Tout vient de moi. Sur certains titres mon ex-ex-ex-girlfriend a fait les vocaux de Semtex. Elle intervient aussi sur un des morceaux de Ghost. Third Eye Foundation a commencé pour moi il y a cinq ans. Depuis que je suis passionné par la musique, il y a sept ans jai toujours voulu en faire. Le nom me vient de mon tout premier acid trip. Cela vient de visions que jai eues à ce moment là, très fortes et cest devenu le nom de mon groupe.
Comment tes goûts musicaux ont évolué au fil du temps pour en arriver à la musique étrange que tu produis ?
Matt : Le premier groupe que jai vraiment adulé à fond était My Bloody Valentine. Cest le premier groupe qui ma vraiment renversé par sa musique avec lalbum Isnt Anything. Avant jécoutais des trucs plus anciens comme Cure, etc. Après je suis rentré dans la musique de Joy Division qui ma ouvert beaucoup de portes vers la musique industrielle. Je me suis mis alors à écouter Psychic TV ou Throbbing Gristle. Après jai beaucoup écouté Can puis, je me suis mis à écouter du jazz et du reggae. Puis est arrivée la drumnbass. Là où jhabitai on était forcé de lentendre à travers les fenêtres. Jétais pris en plein mouvement, cest un style que japprécie beaucoup. Third Eye Foundation est en quelque sorte le produit et le résultat de tout ce que jai aimé et écouté en musique. Je nétais pas intéressé par le fait de composer seulement de la jungle car ce que javais écouté était beaucoup plus large. Je voulais transmettre le bilan de toutes les sensations que javais ressenties en écoutant toutes sortes de musiques différentes.
Cette volonté peut-être dangereuse si pour comprendre ta musique il faut partager une certaine culture musicale similaire à la tienne.
Matt : Ceci nest pas quelque chose qui me préoccupe, mais cela préoccupe ma maison de disques. Je me dis quil faut seulement une ouverture desprit pour apprécier et cest ce qui mintéresse. Je ne fais pas cette musique pour que tout le monde puisse lécouter, je la fais pour les gens qui aiment vraiment beaucoup la musique. Cest la raison pour laquelle les gens attachés à toute la culture dance music napprécient pas ma musique, car elle nest pas facile alors que à linverse cest facile décrire de la musique commerciale. Ce qui mintéresse cest de mexprimer, pas de vendre le plus possible de disques.
Peut-être aussi qu'aujourd'hui des groupes comme le tien, Movietone, Crescent, Hood, FSA, Light ou Amp font de la musique très expérimentale et quen vieillissant cette musique va trouver une forme plus populaire, plus accessible comme cela a été le cas pour beaucoup dautres groupes comme My Bloody Valentine, Sonic Youth, Sebadoh ou Smog, sans que des concessions soient faites.
Matt : Peut-être as tu raison. Mon prochain album sera dailleurs moins agressif et beaucoup plus facile a écouter, je veux que les gens puissent sasseoir et écouter attentivement. Je crois que sera le cas aussi pour Movietone, mais sans doute pas pour Crescent. Oui tu as probablement raison. Jai envie aussi que ma musique évolue, sinon cela devient ennuyeux.
Pour écrire ta musique tu utilises des machines. Est-ce que cela facilite les choses ? Dun autre côté cette facilité nest-elle pas à double tranchant ?
Matt : Je crois que je ne réfléchis jamais à la technique que jutilise, ce que je garde à lesprit cest ce que je veux exprimer. Dans lutilisation des instruments tout sadditionne dans le but de la réalisation du morceau, le sampler, le séquenceur puis les micros . Un morceau est terminé lorsque je sens que je ne puis plus rien y ajouter. Il y a une grande part du hasard et aussi de la chance dans ma composition musicale étant donné quil y a une grande part dapproximation dans les techniques que jutilise. A ce propos je crois que les choses évoluent vers plus de clarté et de précision dans mes dernières compositions. Il y a moins de hasard.
Quelle est la place du rythme dans ta musique ?
Matt : Je crois quil y a quelque chose de mystique à propos du rythme. Cest la chose la plus vieille du monde, aussi vieille que la prostitution. Jouer sur base du rythme est quelque chose de fondamental, de premier. Cest comme les mathématiques quon apprend à lécole et quon finit par appliquer tous les jours.
Avant Third Eye Foundation, Movietone et Crescent, il y avait Lyndas Strange Vacation. Comment sonnait ce groupe ?
Matt : Cétait dans la lignée de Sonic Youth, mais cétait très rudimentaire.
Est-ce que ladéquation entre la personnalité des groupes et de leur leader est une constante dans la vague de Bristol ?
Matt : Oui, définitivement Kate et Matt jouent tous les deux dans Movietone et Crescent. Movietone est le reflet de Kate comme Crescent celui de Matt. Cest une généralité. Movietone est un groupe de quatre personnes où Kate décide de ce à quoi doivent ressembler les morceaux, elle oriente les autres membres.
Quelle est limportance de Domino pour Third Eye
Foundation, Crescent ou Movietone par rapports à vos labels précédants, Planet ou
Lindas Strange Vacation ? Est-ce que tu penses que votre démarche est
particulière en Angleterre ou existe-t-il beaucoup dautres groupes avec la même
ouverture desprit ?
Matt : Cela permet simplement une bonne diffusion et accessibilité de nos productions et de partir en tournée aussi. Cest une grande chance. Pour ce qui est de la démarche je ne sais pas, il y a un très bon groupe que je connais qui doit sen approcher, cest Navigator qui sapproche un peu de Movietone et de Low, ils sont de Nottingham.
Ta musique comme celle de Movietone et de Crescent est reprise sous le terme général de post-rock ou dout-rock, que penses-tu des autres groupes qui y sont reliés, spécialement les Américains ?
Matt : Il y a un groupe allemand que jaime beaucoup, No Twist. Je ne suis pas un fan de groupes comme Tortoise car je considère quils ont une démarche opposée à la mienne beaucoup trop technique.
Quest-ce qui explique la noirceur de ta musique ? Même le drumnbass réputée du label No-U-Turn natteint pas ce niveau de noirceur ?
Matt : Je crois que les musiciens de No-U-Turn aimeraient beaucoup atteindre le même niveau de profondeur dans la noirceur mais ils sy prennent mal. Je crois que si cest sombre cest juste parce que je suis quelquun de sombre. Je suis misérable, dans ma tête il ny a que des pensées noires. Je ne suis pas quelquun de positif. Cest quelque chose qui mest extrêmement personnel, qui ne vient pas des musiques que jai pu écouter comme Joy Division ou dautres choses.
Si pour toi tout est sombre, quelle est limportance de lamour
et de lamitié dans ta vie ?
Matt : Jai quelques bons amis, mais je manque toujours damour (rires). Ce sont pour moi des choses difficiles, la confiance que tu accordes à quelquun cest quelque chose qui se retourne parfois contre toi et cela te rend sombre. Je ne ressens pas tellement damour pour les humains en fait. En général jai peut-être parfois plus damour pour les baleines !
Doù viennent les samples utilisés dans Ghost ?
Matt : Ils viennent de soundtracks et dun peu partout. Jaccumule cette matière première un peu partout et ensuite je ne sais plus exactement doù elle vient. Lorsque lon ralentit des sons ils se transforment complètement et perdent leur signification dorigine. Ce qui mintéresse aussi cest de proposer aux gens des sons quils nont encore jamais entendu jusquici, car pour être honnête je trouve vraiment ennuyeux tous ces sons de guitare, de basse, de distorsion. Je vais où dautres sons sont.
Comment est-ce que tu rends en live léquivalent disque
de Ghost ?
Matt : Le live est une situation complètement différente de celle dans laquelle a été composée la musique. Parfois jaime jouer live, parfois pas du tout. Il faut que je puisse retrouver lambiance de lalbum pour pouvoir en donner la possibilité aux spectateurs.
Ghost est vraiment léquivalent dun cauchemar, il ny a pas de lumière à lhorizon, pas despoir ? Cest un peu le résultat dune désillusion sur la vie, comme si entre le désespoir et lespoir il ny avait jamais de vainqueur ?
Matt : Il y a cette impression dans les airs que les conditions de vie se désagrègent, que tout se détériore et cela depuis les années soixante je crois. Il est aussi que tout a une fin, que rien nest là pour toujours. Cest aussi tout ce qui est affolant dans la société daujourdhui pour arriver à assurer sa survie
Il y a aussi quelque chose de plus personnel dans Ghost qui remonte à la surface quand on lécoute et qui peut déstabiliser certains auditeurs. Cest que lorsquon lécoute attentivement, cest comme si on se retrouve face à notre face cachée, il y a comme un côté miroir révélateur. A son écoute cest comme si on ne peut plus se duper, se tromper soi-même, on se voit tel que lon est. Cest douloureux, mais finalement le résultat est positif car on devient plus réaliste et plus lucide
Matt : Si Ghost peut provoque cet effet chez des gens, jen suis très heureux. Je ne sais pas si cest une bonne chose ou non, mais je crois que tout le monde doit faire face à ses démons, voir quel peut être son enfer pour pouvoir évoluer. Cest un aspect, cest une capacité de la musique qui à presque complètement disparu aujourd'hui. Aujourd'hui tout est beau et est facile, il y a toute cette culture pop, ces choses comme les Spice Girls qui sont horriblement creuses. Il y a un aspect bad trip dans Ghost, cest comme si on se retrouvait face à toutes ces mauvaises actions quon a réalisées, toutes ce quon a essayé, quon a raté.
Peut-on imaginer un album qui aurait les propriétés inverses
de Ghost ?
Matt : Peut-être. En utilisant les mêmes instruments, en utilisant les mêmes sons il y a moyen de tout faire, de la house à la musique classique. Toutes mes pensées maintenant vont vers mon prochain album, ce sera toujours Third Eye Foundation dans les sonorités mais cela sera plus beau, jespère faire quelque chose qui soit lopposé de Ghost.
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